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Chroniques d’un moniteur perdu sous les tropiques-épisode 4   

mercredi 8 juillet 2026 , par Fred, notre envoyé spécial en Martinique

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Bonjour à tous,
Voilà maintenant plus de trois mois que je vis en Martinique.
Trois mois pendant lesquels j’ai appris beaucoup de choses. À ne pas lâcher la gaffe. À ne pas sous-estimer un spool. À respecter les moustiques.
Et surtout : à respecter la mer.
Parce que la mer, ici, elle a le sens de l’humour. Bon, pas forcément le même que le mien quoi !
Le jour où je me fais ramener par les bleus
Tout avait pourtant bien commencé.
Une plongée dérivante. Trois clientes. On nous largue sur un fond de 40 mètres (ça c’était le plan initial). Rien d’exceptionnel à priori.
Sauf que ce jour-là, vous avez deviné, le fond n’était pas vraiment vraiment à 40 mètres, il était vachement plus loin hein, genre 55-60. Du coup, j’indique à ma palanquée dans quelle direction palmer pour atteindre le fond de 40. Sauf que, le courant, lui, avait décidé de nous emmener dans une direction que je n’avais pas vraiment planifiée, genre l’opposé quoi.
Lors de la descente, l’une de mes plongeuses me fait signe qu’elle ne va pas bien, elle me fait un petit essoufflement. J’arrête tout, je m’occupe d’elle, et j’attaque une remontée assistée. Elle récupère rapidement. Après mettre assuré que tout va bien, je relâche ma prise, et décide de lâcher le parachute de palier.
Et là... surface.
Pleine mer.
Pas de bateau.
Normal me direz-vous, la plongée était censée être dérivante. Mon bateau nous attendait à un point de récupération... que le courant nous avait fait gentiment évité.
Je me dis, pas de panique. La sécu surface va venir nous chercher, je regarde mon ordi ‘’ ET LA !!! ‘’ . GALERE, je me rends compte que cela ne fait que 15 minutes que nous avons commencé la plongée, du coup le bateau ne viendra pas avant 45 minutes, largement assez de temps pour que nous dérivions en pleine mer. Je propose donc aux filles qu’on nage tranquillement sur le dos vers la côte. Je ne m’inquiète pas plus que ça, c’est une zone de passage. Forcément un bateau va passer.
Vous connaissez la loi de Murphy ?
PAS DE BATEAU. Ce matin, y’a pas un seul bateau qui patrouille !!!
Et puis là... miracle. Je vois un gros zodiac qui arrive pleine balle dans notre direction. Pour le coup je m’en moque de qui c’est, concurrent, plagiste, pêcheur, peu importe, du moment qu’ils nous sortent de là.
Je regarde mieux le bateau. Je vois pas de pavillon Alpha.
Par contre... je vois bien un beau drapeau bleu blanc rouge très, très net.
« Bonjour monsieur, mesdames. Gendarmerie Nationale. Tout va bien ? Vous voulez qu’on vous dépose ? »
Le seul bateau qui patrouillait dans le secteur ce matin-là, c’était les keufs quoi.
On en reparle de la loi de Murphy ?
Bref, on monte à bord. S’ensuit un interrogatoire courtois : qui est le responsable, quel club, avez-vous une sécurité surface, que s’est-il passé au fond... Pendant ce temps, ils préviennent via VHF qu’ils ont récupéré quatre plongeurs de Deep Turtle.
Cinq minutes plus tard, mon bateau déboule pour venir nous chercher.
On remonte sur notre bateau, et l’un des gendarmes nous accompagne pour refaire un petit interrogatoire, et comment se fait-il que vous le bateau n’était pas sur site ? Et comment vas la personne qui a eu un essoufflement ? Et puis pourquoi vous avez plongez sur ce site ? … Après vérification, ils ont reconnu qu’on avait tout respecté, et que c’était juste la faute à pas de chance.
Et surtout, le fin de mot de l’histoire, ben c’est que les gendarmes étaient bien content de notre récit, car ce matin ils avaient prévu d’aller s’entrainer juste à cet endroit… Bon ben finalement on va aller s’entrainer ailleurs nous !
Quand y’a du courant... y’a du courant
Quelques semaines plus tard. Plongée au Diamant. On descend sur la faille.
Trois plongeurs au départ, auxquels on rajoute à la dernière minute un quatrième dont le binôme a mal à l’oreille. Ils n’ont jamais fait la faille. Je leur dis qu’on verra en fonction du courant.
Et ce jour-là, il y avait du courant. SA MÈRE.
Je m’approche de la faille et je me fais littéralement aspirer à l’intérieur. Effet Venturi dans toute sa splendeur. Je me dis : « Okay, c’est pas vraiment ce que j’avais prévu, ça va être sport ». Bon ben y’a plus qu’à attendre ma palanquée maintenant.
Ils arrivent un par un. Et là, le ressac est tellement fort que ce n’est pas juste une vibration dans les oreilles. C’est TOUT LE CORPS qui vibre.
On se fait éjecter de la faille. À la sortie : courant de face. Impossible d’avancer. Je décide de repasser par la faille.
Deuxième effet Kiss Cool : le courant avait tourné. Je me retrouve bloqué entre deux courants. Ni avancer, ni reculer.
A ce moment là, une de mes plongeuses un peu plus chevronnée a eu la brillante idée de repartir dans la faille. Sans me calculer, me laissant en arrière.
Je lui cours après. À contre-courant. Elle, elle se plaque au fond et avance. Sauf que Moi, je suis pas tout seul hein, j’ai encore trois autres personnes à gérer ET évidement quand je me retourne, un autre plongeur commence un essoufflement.
Du coup je lâche ma plongeuse dans la faille et m’occupe de l’essoufflement.
Je gère mon assisté, et quand la situation revient à la normale. Je récupère mes trois plongeurs restants. Je les installe sous un rocher : « Vous ne bougez pas. Je reviens. »
Je repars dans la faille. Au milieu : le courant me stoppe net. J’ai beau palmer comme un forcené, je n’avance pas. Mais j’aperçois au loin ma plongeuse qui est sortie de l’autre côté.
Scénario rapide dans ma tête : « Elle va comprendre qu’elle est seule. Je récupère les trois autres et on remonte. »
Remontée. Un plongeur me demande si on fait le palier de sécurité.
Je lui explique que le palier de sécurité, c’est justement pour quand on est en sécurité. Ce qui n’était pas vraiment le cas.
En surface comme si je m’ennuyais un peu, je trouve une mer formée. Creux de 1,50 à 2 mètres.
PFFFFFF.
Par chance, ma sécurité surface est chevronnée. Elle arrive près de nous, envoie une ligne de vie. Tout le monde s’accroche et se hale petit à petit jusqu’au bateau.
Vient mon tour. La mer ne s’est pas vraiment calmée. L’échelle fait des allers-retours entre l’horizontal et le vertical. Impossible d’y mettre un pied.
Cinq minutes d’essais. J’abandonne la technique.
Je décide d’attendre une vague, je prends appui sur le dernier barreau et je me retrouve catapulté à plat ventre sur le pont du bateau.
« C’est bon ! Je suis là ! On peut y aller ! »
Ce que j’ai appris ce trimestre
La mer ne se négocie pas. Elle ne fait pas de faveurs. Elle ne s’intéresse pas à votre planning ni à votre niveau d’expérience.
Par contre, elle a le don de vous rappeler pourquoi ce métier est passionnant.
Parce qu’au milieu de tout ça, entre les courants contraires, les plongeurs essoufflés, les fugueuses de faille et les gendarmes providentiels... il y a aussi ces moments où tout se calme. Où on coupe le moteur. Où on regarde les plongeurs descendre dans le bleu.
Et où on se dit que finalement, on est exactement à sa place.
Même à plat ventre sur un bateau.
J’espère que tout va bien au club.
Je pense souvent à vous.
À bientôt pour de nouvelles aventures tropicales.
Et dites plus jamais de mal des gendarmes hein, on sait jamais, des fois ça pourrait être eux qui viendront vous récupérer.

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